INTERVENTION DE PHILIPPE COMPAGNON (neuropédiatre)
(Ne seront reprises que les données complémentaires à celles du colloque d’octobre 2001 )
Qu’est-ce que le syndrome d’Asperger ou autisme de haut niveau
Les TED (pour troubles envahissants du développement) remplacent depuis environ 20 ans ce que l’on appelait autrefois en France les psychoses infantiles. Ils sont symptomatiques d’un déficit en
ü Relations sociales
ü Communication verbale et non verbale
et de
ü Centres d’intérêts restreints et conduite répétitives.
Ces symptômes sont appelés triade de Wing. 1 seul de ces symptômes suffit pour être diagnostiqué Asperger. Dans le monde, on considère que c’est le cas d’une personne sur 100 !
Le SA est parfois masqué par l’importance du problème apparent.
Pour poser un diagnostic, on utilise le plus souvent la classification américaine DSM IV (pour Diagnostic ans Statistical Manual of Mental Discorders) ou la classification de l’OMS appelée CIM 10.
La classification française CFTMEA (Classification Française des Troubles Mentaux de l'Enfant et de l'Adolescent) est peu reconnue sur le plan mondial car elle est trop d’inspiration psychanalytique (elle se réfère encore trop au termes de psychose infantile, psychose symbiotique, de noyau psychotique, ou d’angoisse de la séparation)
Le MDD (Multiplex Development Disorder) est un mot psychanalytique
La tendance reste autisme = mère frigidaire d’après les idées de Bruno Bettelheim
Tout peut être psychanalysé alors qu’on est pense à tout ce que comporte le SA…
Tout ceci contribue à un malaise = culpabilité des parents, certains vont jusqu’à évoquer le syndrome de Munchausen par procuration (pensant que c’est la mère qui rend l’enfant ainsi afin que l’on s’occupe d’elle-même et qu’on lui donne de l’importance)
Cette école de pensée a bien du mal à intégrer la génétique, la sociologie.
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Autres caractéristiques que l’on retrouve chez les Asperger ou les autistes de haut niveau :
v Résistance au changement :
Facilement troublés par le changement. Sensible aux modifications de l’environnement. Anxieux, comportement obsessif, routines rituelles.
v Phobie sociale :
Crainte du jugement des autres
v Difficultés de concentration :
Distraction. Peut être perturbé par des stimuli qui ne dérangent pas les autres.
v Altération de la coordination motrice :
Malhabile. Difficultés au niveau de la motricité fine.
v Difficultés scolaires :
Intégration sociale difficile. Répétition textuelle de ce qui a été lu et entendu. Excellente mémoire, mais mécanique.
v Vulnérabilité émotionnelle :
Difficultés de socialisation. Facilement anxieux. Emotivité exacerbée. Tendance à battre des mains ou à se balancer en cas d’angoisse ou d’émotion. Stéréotypie.
v Caractéristiques sensorielles :
Sensibilité à certains bruits (surtout inattendus), certaines odeurs, certaines couleurs, aux contacts avec certains habits (ou certaines matières comme le nylon), surtout neufs ou qui serrent (comme les cravates). Sensibilité peu importante à la douleur légère. Grimaces ou tics faciaux inhabituels
v Beaucoup d’Asperger parlent par citation. On peut fournir un mode d’emploi qui indique la façon de se comporter. On peut leur proposer le livre « faire face » de Marc Segar
v Les personnes atteintes du SA peuvent être surdoués
Différence entre le syndrome d’Asperger et l’autisme de haut niveau
Un autistes de haut niveau est une personne qui a eu des comportements dans son enfance qui ont amené les professionnels à poser un diagnostique d’autisme, mais dont le handicap est moindre. C’est un enfant qui a au moins 2 caractéristiques de la triade de Wing. La principale différence avec le syndrome d'Asperger se situe au niveau de l’acquisition du langage : normale ou précoce chez les Asperger, tardif chez les autistes de haut niveau. De même, on retrouve rarement l’expression « pédante » du langage chez les autistes de haut niveau qui ont une allocution verbale moins bien développée.
Le déficit en théorie de l’esprit
La théorie de l’esprit, c’est être capable de se représenter ce que pense quelqu’un d’autre. En fait, une personne autiste pense que l’on peut savoir ce qu’elle pense.
Grâce à quelques tests, on détermine si la personne autiste est capable de se mettre à la place de l’autre.
v Exemple 1
Hélène adore les lapins, tout le monde le sait. C’est bientôt son anniversaire et elle espère que ses parents vont lui en offrir un. Le jour J, elle déballe son paquet et c’est….. une encyclopédie. Ses parents lui demandent si elle est contente de son cadeau. Elle répond « oh oui ! ». Expliquer pourquoi a t’elle répondu cela ? ® Les enfants en général répondent que c’était pour ne pas faire de peine à ses parents. Les Asperger ne comprennent pas pourquoi Hélène à menti et répondent souvent qu’elle pourra lire tout ce qui concerne les lapins dans son encyclopédie, ce qui explique pourquoi elle est contente.
v Exemple 2
Sarah aime les chattes. La chatte de sa voisine à fait des petits. Elle lui demande de lui donner une chatte, mais celle-ci répond qu’elle n’a plus que des chats. Sarah dit tant pis. La dame lui répond qu’elle va être obligé de noyer les chats. Pourquoi ? La personne Asperger ne sait pas répondre.
v Exemple 3 : "les smarties"
On prend un tube de smarties. On met un stylo à la place des bonbons. On demande à un enfant Asperger « A ton avis, qui a t’il dans la boite ? ». Il répond des bonbons. On lui dit que non, nous on a mis un stylo dans la boite et on lui dit : « si on montre la boite à un autre enfant, que va t’il répondre si on lui demande ce qu’il y a dedans ? ». 70 % des Asperger ou autistes de haut niveau répondent un stylo, alors qu’un enfant de 4 ou 5 ans répondra des bonbons
L’aide au diagnostic
Le diagnostic commence par l’observation de l’enfant dès la salle d’attente.
Comment arrive t-il jusqu’au bureau de consultation, tiens t-il la main sans regarder par exemple.
Ce qui amènent les parents à venir consulter pour leur enfant c’est le fait que leur enfant est
hyperactif en classe, il refuse d’écrire, il a des difficultés scolaires, est parfois dyslexique et il est donc en échec scolaire.
Dautres éléments de diagnostic :
· L’écoute de l’historique avec une naissance fracassante qui aurait pu être un facteur déclenchant chez un sujet présentant une disposition génétique
· Les problèmes que rencontrent les parents pour éduquer leur enfant
· Les tests de théorie dont on a déjà parlé, les difficultés à se représenter ce que pense les autres
· Le questionnaire sur les comportements sociaux (les mimiques…)
· La communication verbale
· Les centres d’intérêts
· Le QI
· Les changements de routines
· Les compétences sociales :
Ø Dit-il les formules de politesses
Ø Dit-il toujours au revoir, merci, sans demande de votre part ?
Ø Participe t’il à des jeux de société simples ?
Ø Sait t’il faire une surprise à un familier ?
Ø Montre t’il de la compassion pour quelqu’un qui a mal ?
Ø Joue t’il efficacement à cache-cache (en se cachant vraiment) ?
Ø A t’il l’idée de téléphoner à un parent ou à un ami ?
Ø S’excuse t’il s’il fait mal à quelqu’un ?
Ø A t’il l’idée de tricher pour gagner un jeu ?
Ø Exprime t’il l’envie de faire un cadeau à quelqu’un ?
Ø Exprime t’il sa sympathie ou son antipathie pour quelqu’un ?
Ø Est t’il capable de fournir une information manquante et importante ?
Ø Peut-il nommer le métier de son père ?
Ø Emploie t’il le « vous » de politesse quand cela convient ?
Ø Peut-il faire une confidence à ne personne familière ?
Ø A t’il un ami privilégié ?
Ø Sait-il garder un secret ?
Ø Accepte t’il de partager ses jouets ou ses livres ?
Ø Va t’il appeler la personne qu’on demande à la porte ou au téléphone ou sinon dire qu’elle n’est pas là si cette personne est effectivement absente ?
Ø Joue t’il à des jeux de fiction complexes, impliquant des rôles coordonnés ?
Ø Joue t-il au jeu des portraits
· Les fonctions exécutives
ü Formulation d’objectifs
ü Planification
ü Autorégulation
ü Exécution efficace de la performance
ü Vérification, correction, inflexion des actions
ü Flexibilité mentale
ü Planification, stratégie
ü Résistance à la distraction, à l’imitation
ü Jugement (anticipation de conséquences sociales)
ü Initiation (lancer des activités)
ü Contrôle d’impulsivité
ü Estimation de ses capacités
ü Persévérance
ü Orientation dans le temps
· Les tests d’intelligence : on peut réussir à ces tests et échouer dans les fonctions exécutives
· Le SA n’exclue pas une dyscalculie, une dysgraphie ou dyslexie
· L’étiologie :
Ø Hérédité : recherche dans l’arbre généalogique. Il n’est pas rare d’entendre dire en consultation que le grand père était pareil…
Ø Troubles du langage oral, troubles déficitaires de la communication liés à des complications périnatales (hémorragies durant la grossesse)
Ø Fragilité du chromosome X
Ce qui est primordial ; rassurer les parents comme quoi rien de ce qu’ils ont pu faire ou ne pas faire est à l’origine de TED.
Les parents ne sont pas la cause mais une partie de la solution